Laos, , " />

desordionie
des ors d'Ionie – desordre d'isle

instances du dimanche

Au pays du Laos autour du Mékong, les levers de soleil sur la rivière font le bonheur des photographes. Moi-même, je ne peux éviter de sortir mon appareil pour capter quelque chose de cet instant – mais je préfère les couchers qui semblent plus noirs). OK. Mais, tous les jours ne sont pas aussi légers au pays du Laos.

Tout est relatif, il est vrai. C’est que des fois j’ai l’impression de me faire avoir et d’engraisser des gens qui croient qu’on peut rouler innocemment les touristes. C’est le cas par exemple de la nourriture achetée dans la rue qui coute trois fois plus chère, voir cinq fois, quand on est étranger à la face blanche. Mais il y a remède, c’est question d’habitude. Quand on connait le vrai prix d’une soupe avec et sans viande, d’une bouteille d’eau minérale et une « drinking water », d’un Lao Tea, d’une grappe de bananes, on peut s’en sortir. Il suffit d’attendre en faisant les gros yeux que les prix baissent ! Les restaurants, ceux avec des prix en chiffres arabes et des titres en anglais, sont très chers. Et s’il sont dotés de l’étiquette Eco-tourisme, c’est hors de prix (8 $ une soupe de poulet). Entre parenthèse, j’ai du mal à trouver des produits laitiers, à part la « Vache qui rit » remisée … quelques yaourts … mais sucrés.  Ca me manque. Inutile de m’en envoyer par la poste. Je viens d’apprendre que mon dernier colis envoyé de Paris il y a un mois vient d’arriver à Phnom Penh !

Le pire dans tout cela, ce sont les transports en bus et les intermédiaires qui vendent les tickets. Quelle escroquerie, une véritable petite entreprise à gros profits. Entre ceux qui vous disent que le chauffeur est mort le matin et que le bus ne partira pas, qu’il faut dormir une nuit de plus dans la ville ; les autres qui vous assurent que tout est compris, bus, traversée de la frontière à pieds, transfert en bus jusqu’à la rivière et bateau et, au final, il manque le transfert jusqu’à l’eau et on perd 1 heure à attendre en pleine forêt entre au poste douanier, dans un trajet qui fait déjà 7 heures ; et puis, pour couronner le tout, il existe des chauffeurs de bus qui font un détour à midi pour s’arrêter dans un bouiboui excentré pour regarder le tournoi de boxe à la télé … pendant 2 heures et qui après prennent encore une heure pour faire le tour de la ville pour compléter le bus à moitié vide un dimanche …  pour un trajet initial de 7 heures.

Je viens d’arriver à Savannakhet. La Guest House que j’avais réservée le matin m’annonce que les Vietnamiens ne sont pas partis finalement ??? et m’envoie plus loin … du Mékong.
Oui, on est le 13. Mais, ce n’est pas ça : on est dimanche et un dimanche au Laos, ce n’est pas un jour comme un autre.

——-

Après une nuit réparatrice avec disparition des coqs remplacés par une pluie torrentielle au petit matin, je me suis levée, comme un lundi. Tour en direction du Mékong, puis demi-tour : fleuve sordide sous les flaques d’eau et la Thaïlande en face sans paillettes. Direction le marché : j’ai enfin acheté un pantalon de rechange. J’ai pris de quoi manger aussi. J’ai l’impression que j’ai besoin de faire attention un peu plus à moi. Qui le fera sinon ? Il y a du laisser-aller.

J’attends mon bus de nuit, Bus VIP pour Vientiane, la capitale. J’attends dans ma chambre ordinaire pour VIP (?) en proche banlieue. Je devrais à cette heure quitter les lieux, check-out, mais je n’ai pas envie. Je me demande si je ne vais pas finir la bouteille de W. Il y en a si peu ! Avec les quelques branches de litchis … J’écoute de la musique et plane sans fan.
Il fait drôlement frais. Est-ce cette fraicheur hivernale qui m’incite au repliement sous ma couette-duvet ? Envie de partager avec vous ces moments-là aussi. Bien sûr, je pense à Paris, mon appartement, ma couette, mon chat (que devient-il ?), mes amis si lointains. Et, même, à 10 000 km, dans cet espace d’errements solitaire, je suis bien. Toujours aussi chanceuse. Sur les routes, toujours vers l’Est. Il me reste presque deux mois encore à l’Est.

Que vais-je faire maintenant ? Je bouge vers le Nord Laos, Nord Vietnam. Je cherche une idée pour partir …
Je vois flotter le drapeau communiste, je vois ces vieilles femmes à l’air hargneux prendre le virage du tourisme à 180°. Certains détails sont récurrents d’un pays à l’autre. Certains même me rappellent le Moyen-Orient qui n’existaient pas au Cambodge : les oiseaux dans des cages à l’entrée des magasins, les assiettes d’herbes fraiches avec le riz ou la soupe, les jeunes qui se recoiffent dans les rétroviseurs, les femmes élégantes avec des chemisiers à volants et des jupes-sarong très seyants, des maisons non terminées au milieu des rizières ou dans les quartiers périphériques. Le riz gluant se mange avec les mains, comme en Inde. Sinon, le reste à la baguette de bambou.

Je croise pas mal de français, dans le coin. Les peu de mots que j’arrive à sortir me renvoient à mon angoisse primitive, mes mots écorchés et autres lapsus me révèlent malgré moi. Je n’ai pas changé, je désire toujours me cacher, comme le crabe sous une pierre. Les autres n’ont pas changé non plus. Même avec quelques affinités de voyageur en partance. Je cherche une idée pour aimer …

J’attends la nuit pour sortir. Juste avant la nuit. J’ai négocié avec le type qui est monté pour le check-out. Prolongation de la couette jusqu’à 16h 🙂 pour un plat de nouilles au resto !
Je ne cherche pas. Je ne cherche plus, depuis ce moment-là, à Damas. Je m’en souviens très bien maintenant en regardant la photo. J’ai tout vidé de mon désir. Abandon total. Oui, cela peut être simple. Mais en même temps, c’est compliqué et pas tout à fait résolu : cette envie de partir, d’aimer, de résister … Le Désir est géant, d’autant plus dans les cas où chaque seconde est perdue, comme aujourd’hui ; jouissif, quand chaque dollars du cadeau est gaspillé, comme l’extra de 4 heures supplémentaires sous la couette ; quand l’odeur du W. m’enlève …

Album Instances


Posted by iscia on février 14th, 2011 :: Filed under album,chambre,vert
Tags :: , ,
You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.