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desordionie
des ors d'Ionie – desordre d'isle

vert et bleu

Photo redécoupée

Il y a de grands blancs dans le voyage. Aujourd’hui n’est pas le vide. Le vide que j’ai éprouvé à Damas. Le brûlot de l’arrivée dans cette ville de Syrie où personne ne m’attendait. Sauf le dernier jour, un jeune artisan de la soie qui m’a émue par sa bonté naturelle. Un rêveur aux grandes ambitions. Un jeune musulman à la foi immense et déchirante. La beauté d’une rencontre essentielle.

Aujourd’hui, je ressens la petite crainte de l’entre-deux de l’attente, cet espace tragique, grave qui fait basculer. Blanc translucide et éphémère, désorientée. C’est l’écran de buée sur les vitres. Il fait froid à Kars où je suis en attendant la réponse pour mon visa pour l’Iran, quinze jours maxi. Kars. Poste avant la frontière avec l’Arménie. Frontière fermée pour cause de représailles. Ca va pas très bien entre les Turcs et les Arméniens (ie les russes d’après certains).
Encore un mur. A wall again.
Je me suis acheté un gilet vert pour me protéger. Et un parapluie pour l’heure de sortie. Les hommes sont rentrés et jouent aux cartes autour du réchaud. Ma place est à l’intérieur. Je retourne à l’hôtel. Jour de lessive. Je m’essaie à quelques mots.

Depuis la beauté et le chaos de Beyrouth, je ne me suis guère arrêtée. Ne restent que ces quelques traces du temps long de mon errance, des traces en fait d’un temps court, celui où je m’arrête avec Sulka.

Je file. Nord, puis Nord-Est. Les routes sont immenses, le temps est bref. Les détails reprennent leur existence. Le nombre de morceaux de sucre dans la soucoupe pour le thé. Les hommes qui s’embrassent. Les hommes qui t’accueillent. Les luminaires dans les chambres d’hôtels plus ou moins minables. La couleur du tabac et/ou de l’herbe qu’on roule ici ou là. La propreté ou plutôt la saleté des bas-côtés et des champs à proximité de la route (en Syrie par exemple, la densité des plastiques dans les champs est importante). La musique des portables dans les bus et minibus (je n’en ai plus, pas besoin)… Le dessin des projections de cailloux sur les pare-brises. Les immeubles dévastés au Liban, abandonnés au Kurdistan, les immeubles en chantier partout. Les routes qu’on refait, les routes que l’on élargit … toujours plus de monde à naître, à grandir,  travailler … qui risquent leur chance … Je regarde défiler les maisons dans la nuit. Ici on regarde la télévision. Là on récite sa leçon avant d’aller se coucher. Je ne me sens pas concernée. Bonheur d’être en dehors de tout cela. Je me sens en vie, oui. Plus que jamais. Plongée dans une sphère qu’on peut qualifier d’éthérée, oui. Je suis ailleurs. Droguée. Ivre. Somnambule. Saltimbanque en devenir.

Demain, je continue ma route. Malgré l’insatisfaction de mon art. Je pose des mots ici et reconstitue mes impressions au fur et à mesure des heures. Les carnets sont vides d’écriture. L’effort est trop grand. Je constitue mon histoire par l’oubli. Mon univers se restreint. Musique et silence. Je sors mon Sulka (qui tient la route 🙂 et les photos qui viennent dessinent peu à peu mon espace. Mais, quelle impatience. Je me suis surprise pour le visa. Incapable d’attendre 20 minutes dehors, 3/4 d’heure sans voir personne et 2 heures pour un télex. C’est le mur de l’administration, des contrats, de la manipulation. Je suis la seule femme, peut-être la seule étrangère ce soir, dans cet hôtel. C’est ma revanche. Ne pas être là où l’on m’attend. Je regarde les hommes – les kurdes ont de très beaux yeux clairs – droit dans les yeux. Et, ils me le rendent bien.

Un autre feu m’étrangle, le désir de ma terre. Je suis toujours là. J’erre, je liquide mon temps. Dans ce voyage. Je redécoupe les photos d’aujourd’hui. La peur est toujours là, la véritable peur d’être toujours la même. La nuit, je marche sur les braises des routes impossibles. Le sommeil me manque, j’atteins mes limites physiques. Dans cet état second, je sens le vertige de mon coeur et mes pieds vaciller. La poussière, la cendre, la glaise, la graisse des mains, maculent le bleu du tapis. Je souris …

Mais, peu à peu, je m’habitue au silence et au 28 mm.


Posted by iscia on octobre 30th, 2010 :: Filed under blanc,chambre,Iscia
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fatigue

quand je fais ce genre de photo, je pense aux grands moments de solitude des peintures de Hopper et je me dis qu il y a quelque chose de fou dans mon histoire de tour du monde


Posted by iscia on septembre 8th, 2010 :: Filed under chambre,Iscia,noir
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who is it ?

elle est restée enfermée toute la journée dans sa chambre, une odeur acre la terrassait, le voile d’une angoisse plus forte qu’un album suranné, le souvenir que cela existait, elle connaissait cette vague

la carte était à peine lisible, le fond argenté commençait à se réduire en poudre, les doigts étaient maculés, faisaient couler des particules blanches de ses yeux noirs, elle s’assit sur le rebord de la fenêtre, et ne fit rien quand son foulard tomba

des ombres bougeaient à travers les arbres, bientôt la nuit la rassura

demain ne sera pas le bon jour non plus, elle avait épinglée sur le revers de son sac : « confiance en la spontanéité sacrée de la vie », immersion dans le mouvement éphémère ; sa fortune était fragmentée, brève, une étoile abandonnée

le film commençait, les images défilaient sans retenue, d’avant, d’après, et de tout cet intérieur …

Who is it ?

Pas d’autres solutions que de prendre le prochain avion.

Hotel Naderi, Tehran


Posted by iscia on mai 9th, 2010 :: Filed under chambre,Iscia,noir
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blindage

– Mais, regarde : le cadrage est trop large ! Tu devrais recadrer avec PS…
– :::%&2^^^*//\\
– De quoi as-tu peur ?
– ;;;/\:::
– ?
– Je n’ai pas osé descendre dans le parking. Je suis sûre qu’ici vivent des monstres …


Posted by iscia on avril 5th, 2010 :: Filed under Iscia,noir
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terrassé

Elle leva le nez du journal. Les mots ne coïncidaient pas avec l’image. Dehors les horodateurs indiquaient l’heure avant son passage. Elle se demanda s’il ne serait pas déjà passé. Elle paya.

Il revenait de l’autre bout de la rue. Le quartier était cerné. Les gigots attendaient dans les vitrines. Il entra dans la cour de l’hôtel particulier. Le changement de couleur de ses cheveux était passé inaperçu.

Des arbres venaient juste d’être plantés. Des scellés brillaient sur la terre violine de Paris. Dans deux jours, tout serait fini. Bientôt éclaterait le blues.


Posted by iscia on avril 2nd, 2010 :: Filed under Iscia,noir
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