Beirut, , , " />

desordionie
des ors d'Ionie – desordre d'isle

vue

Qu’écrirai-je pour vous dire que je ne vous ai pas oublié ? Comment dire la brise qui brûle mes pas ?

Je marche, je m’arrête, la paix est à mes pieds, je ne l’attendais plus

Il semble que je la connais depuis toujours, Beyrouth des herbes et du vin, de la chaleur et du bruit, du rêve qui touche la fin sublime

Ne t’inquiète pas, la vie est là, je n’ai tout simplement pas envie de parler, écrire parce qu’il n’y a peut-être rien à dire …

Je suis partie tout simplement …

PS : Vous allez entendre parler de Beirut la semaine prochaine : le président iranien rend visite à ses amis du Hezbollah au Liban. On prévoit une sécurité renforcée ici et dans le sud à la frontière avec Israël. Il y a aussi le jugement Hariri. Don’t worried about that, it’s just politics. je suis pas plus en danger ici qu’au pied de la Tour Eiffel si je comprends bien


Posted by iscia on octobre 5th, 2010 :: Filed under blanc,bruit,chambre,Iscia,légèreté
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Kfe

les échos il s’amuse
les murs elle regarde
rideau des figures
l’acide du dimanche
la fête conclut
érosion des roses
in the devil l’O coule
interruption décolore
il parcourt les machines
pomme F


Posted by iscia on septembre 12th, 2010 :: Filed under blanc,Iscia
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carte postale

J’ai discuté ce soir avant l’appel du muezzin avec un jeune de 30 ans, comme on en rencontre partout : un homme issu d’une famille pauvre, avec un père malade, mais qui se donne les moyens de s’en sortir. Il parle parfaitement l’anglais (inutile de dire que je n’ai pas le niveau), a lu Goethe, Schopenhauer, Balzac etc. et a un avis sur tout. Jonny est obligé de travailler tous les jours, seul à sa boutique minuscule. Il tient une toute petite épicerie de rue, où l’on trouve l’essentiel, eau, boissons sucrées, fromage, huile, et beaucoup de choses sucrées, bonbons, biscuits, etc. Des produits très bon marché. Pendant qu’il philosophait sur la culture de son pays et évoquait son prochain départ pour les Emirates où il pourrait avoir un bon travail et se marier sans s’endetter pour la vie, je regardais passer les hommes et les femmes.

2e jour de l’Eid, la tension monte. Les hommes fument désormais la journée. La boisson alcoolisée est toujours interdite par la religion islamique, ainsi que le sexe hors mariage, mais d’après Jonny, les hommes et les femmes ne sont plus sous contrôle. Trois jours de fête, c’est trop d’après lui. Il y aura nécessairement des dérapages et des conséquences. J’ai eu du mal à comprendre. Pour les musulmans – mais c’est pareil côté chrétien, les femmes doivent rester vierges avant d’être mariées. Je ne dis pas que je ne le savais pas. L’Iran me l’a appris. Dans les familles riches, on sait bien s’arranger. En Syrie, dans le quartier chrétien de Bab Touma, toutes les confessions se retrouvent ici. Ils ont à peine 20 ans. Quand on les voit dans la rue, hommes et femmes rivalisent de talents pour s’aguicher. C’est connu, les femmes se maquillent beaucoup. Trop. Et le voile devient un accessoire de mode pour attirer les regards. Le reste est souvent très voyant. De manière générale, tout est excessif, oppressant, agressif.

Je raconte tout cela maintenant car Boro me parle des français évoquant leur esprit de contestation. Et la question du temps libre. Ici la lutte est de pouvoir contourner les règles, la loi religieuse sans se faire pieger. Pas de révolte. Et la résistance est toujours individuelle et se paie cher. Ce Jonny s’est forgé ses propres principes qui peuvent être tolérants, ouverts. Il a un avis sur tout. Il construit peu à peu son projet pour s’en sortir. Ce désir de liberté et d’absolu a quelque chose d’effrayant. Hier soir j’ai vu chez un vieux monsieur un portrait du Général de Gaulle (avec un bâton dans la main droite, ce n’était pas une canne mais bien un bâton à moitié brandi ; que faisais-je ici me diriez-vous ?). Ce chrétien élevé chez les Lazaristes parle français et a quelque chose de la vieille France. Bon chrétien, il fait la collection de timbres de tous les pays. Son passe-temps depuis qu’il est à la retraite de la KLM est de lier sympathie avec des étrangers pour compléter sa collect. A 80 ans, il faut bien varier les plaisirs…  J’ai passé quelques temps aussi avec une syrienne de mon âge de bonne famille. Elle a travaillé dans l’humanitaire et est actuellement sans emploi. Après avoir vécu en France et au Canada, elle est revenue dans son pays parce que la Syrie lui manquait. Leur lien avec le pays est très fort. Personne ne connait de la musique hip hop syrienne. Les boutiques de CD se sont transformées en magasin de DVD depuis que l’on peut télécharger de chez soi toute la musique du monde. Le sort des DVD est compté. Je vous écris depuis le Sri Lanka, site du proxy de mon internet de quartier.

Je n’ai pas discuté de l’actualité de la France avec le jeune homme. Pour lui, c’est le pays le plus beau et le plus riche pays d’Europe. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir l’air amusé quand des syriens saluent d’un « bonjour » ou parlent français. Pour lui et d’autres, ça fait très snob. La France, c’est le top. Et au niveau du recyclage ? Que des modèles anciens …

Je suis une riche française qui se permet de négliger les trésors de chaque pays. De plus je ne fais pas l’effort de parler leur langue, ni même l’anglais. Le prix de mon passeport 1 an tour du monde (ça je n’en parle pas) équivaut à la somme qu’il leur faut réunir pour quitter le pays et travailler à l’étranger. Seul un ami sur place peut aider. Moi aussi, des amis m’ont aidé à faire ce non-projet. Merci « souteneurs » lointains 😉 Quand j’essaie de leur expliquer d’où je viens, mon pays, ma terre, ma famille, mon travail, je ne sais pas ce qu’ils comprennent. Quand ils insistent, je leur dis que j’occupe mon temps à faire des photos, écrire, lire, etc.

Je pourrais faire comme eux. Comme tout le monde. Jouer. Faire des portraits de ces femmes des quartiers excentrés qui descendent à trois ou quatre d’un taxi pour boire un verre ou diner à Bab Touma. Et des hommes qui marchent en groupe également et guettent toute la soirée les belles poupées. Je pourrais aller plus loin. Entrer dans leur jeu. M’habiller comme une « vraie » femme, choisir le lieu le plus chic, boire et parler, parler. Et faire des photos. Eventuellement aller jusqu’au bout du parcours. Pour m’amuser. Comme eux. Ou plutôt avec nos codes à nous, occidentaux.

Je ne sais pas pourquoi, je préfère rester ce que je suis, c’est-à-dire une solitaire. C’est la forme de ma résistance. Solitaire à l’intérieur du monde. Je regarde seulement et ça me plait.

Je ferai d’autres photos de cette solitude à la Hopper. C’était d’ailleurs un gros plan, un Modigliani 😉

Mise a jour : 4-5 photos en 1/2 heure de marche mais c est risque …


Posted by iscia on septembre 11th, 2010 :: Filed under chambre,humeur,Iscia
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Broken Home

De retour à la ville après un séjour chez les soeurs, dans un couvent à 50-80 km de Damas. Week-end de retraite là-bas, où on accueille aussi les orphelins. Lundi, jour de chance : je croise les doigts, je crois avoir trouvé une chambre chez une française de passage.

Isolement dans les montagnes. Je voulais écrire. J’ai commencé. J’ai tenté de me recueillir, du moins de me retrouver. Et trouver un peu de fraîcheur. Soigner mes bleus. Ceux du sac à dos : un beau sur chaque épaule et sur les jambes. Je cherchais le silence, mais les enfants sont plutôt excités ici. Des dizaines courent dans tous les sens, claquent les portes, crient. Aucun contact avec la population de cette prison. Résistance de mon côté. Moments de solitude avec isolement dans la musique. Bob Dylan, Gil Scott-Heron, DJ Krush, Underworld. Aucune connexion internet.

Je suis loin de perdre pieds. It’s a long way. Il me tarde de goûter au sel de l’errance.

Je suis juste partie. Broken Home.

Dans ce beau village perché à flan de canyons, les maisons sont peu à peu rachetées par de riches damasciens. D’autres se construisent, énormes. Les français et les commissions européennes sont passés par là. Plusieurs dizaines de cars de touristes par jour jusqu’à la nuit. Un seul hôtel de luxe, deux couvents et une ou deux mosquées. Une sainte locale, Sainte Takla et un autre, Saint Sarkis, qui est associé à Bacchus. Je ne sais pas si la nuit on s’adonne aux bacchantes, au sommet du canyon, avec vue sur la vallée et les immenses plaines désertiques. D’après ce que j’ai lu et en résumé à ma manière, Sainte Takla a voulu échapper au mariage promis et dans sa fuite elle a trouvé un refuge dans le roc où elle a fini sa vie. Ca me va bien comme bonne femme. Une femme ours. Au passage, on peut ajouter qu’elle n’était pas seule, je veux dire que Saint Paul était avec elle, du moins à distance. Et puis, elle serait la première apôtre féminine.

Une dizaine de pages écrite pour cette semaine passée loin de mon pays. Et des dizaines de morceaux de musique dans les oreilles. Peu de photos. Pas encore le moment. La lumière est tellement violente que le Sulka en perd parfois son latin. Et je n’ai pas encore les bases de ma musique.

Et mes photos ? Voici un premier album, des images de mon attente. J’en ai même déjà perdues celles du lac de Tibériade à Umm Qays. Soixante images effacées par mégarde, sans doute quand j’ai voulu formaté ma carte, après la frontière, en arrivant sur Damas. J’avais de beaux autoportraits dans la chambre .(

Alors j’écoute de la musique. Le matin dans le bus ou dans les cafés, on peut entendre Fairuz. Que j’aime mettre en écho avec mes propres morceaux en réserve sur mes disquettes 😉


Posted by iscia on septembre 6th, 2010 :: Filed under album,blanc,Iscia
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lettre ouverte à Ana

Chère Ana,

j’ai fini toutes les fraises, vous êtes partis vraiment trop vite, j’ai aimé vous revoir dans la fraicheur du mois de mai …

Je profite de ce moment d’ivresse pour t’écrire sur ce blog. Pourquoi ici plutôt que par mail ? C’est ce que je tentais de t’expliquer.
J’ai la prétention de croire qu’ici est un espace à part. Ce n’est pas totalement à cause de cette image qu’on se fait de l’Internet « fenêtre ouverte sur le monde ». Pour moi, le blog, le site web, est un outil. Un outil d’expression, au même niveau que la photo. Et un outil de partage avec ses amis les plus proches. Quand j’écris, je me protège aussi. J’écris des « histoires », des fables qui n’ont rien à voir avec « ma vie » ou si peu. C’est cette métaphore de la « tangente » que j’évoquais ce soir. Ce qui est intéressant, c’est ce point indescriptible, insaisissable et pourtant fabuleux. J’ai la prétention de croire qu’à partir de ce point tout peut arriver, l’impossible et le possible. Mais, souvent, ce point est très douloureux, les tensions sont trop fortes – dans le moment vécu.
Alors, j’écris, je fabule, j’invente, je manigance. Je provoque, car il est devenu inutile, périmé de souffrir Bien évidemment on continue de souffrir … Je pourrais prendre note et laisser passer le temps. Puis, y revenir après. Mais, cela est trop différent de l’émotion initiale. Alors, j’écris, je m’engage … au risque que mes mots soient injustes ou incomplets …

Techniquement Internet est un média à part entière. Certes, il permet d’écrire et de publier facilement des textes, de partager des images, mais aussi d’enrichir son « cosmos » par tous ses hyperliens et interactions. Je ne peux faire tout cela dans la vie réelle. Sans doute suis-je une handicapée à ce niveau-là. Je ne peux réagir, plaisanter, prendre de la distance, dans le temps vécu. Ce que je vis est à fleur de peau et me coûte beaucoup d’énergie. Alors, je choisis d’écrire dans un temps différé où je peux enfin respirer.

Je m’excuse, je n’ai pas la force d’écrire plus ce soir, mais voici enfin ce que je voulais ajouter :

Si j’écris, ici sur Desordionie, ou là sur Touarance, si je m’expose un peu, c’est un peu comme dans le métro lorsque je demande « je peux vous photographier ? » ou quand je dis « je t’aime » même sans les mots. C’est à cause du temps qui passe, qui ronge la mémoire et diminue la vie au-devant. Le temps et les mots  trompent les correspondances alors autant en profiter, en abuser ! De mon côté, mon entreprise est de tenter de démultiplier les surfaces de contact, les points de confluence et de divergence, d’étirer les peaux pour qu’elles puissent chanter autrement… Tu vois très bien ce que je veux dire : les fractales !

Tu viens d’un pays où j’ai jamais mis les pieds, sauf peut-être quelques jours avec mes parents lorsque j’étais petite, mais du côté de la frontière. Nous avons regardé la carte ce soir, juste avant que vous ne partiez, et tu m’as parlé de la côte sauvage de la Galice où tu vas te baigner. Je me suis demandé, mais quand irais-je de ce côté là du monde ? Tout près …

Je choisis toujours (pour le moment) d’aller plus loin que mes propres frontières / limites. Je ne sais pas où exactement, mais cela risque d’être loin. Bien sûr, je serais ravie de partager un coin avec toi, même tangentiel, en Syrie ou au Liban. Je crois que tu comprends mon « métier » de vagabond(e). Je crois que ce qui est fabuleux c’est ta « recherche ». Bien sûr, tu pourras m’appeler ou m’écrire. Je serais heureuse de parler, partager avec toi. Même si nous ne nous connaissons pas ou si peu. Nous sommes sur une jonction précaire  et il faut que nous le restions !

Quelle photo publierai-je ce soir – cette nuit avec cette lettre ? Une photo d’une maison sur les bords de Loire. Tu verras, un jour je t’y emmènerai !

Quand tu rentreras chez toi, envoie-moi ici la photo de ton bureau, de ta chambre à Madrid. Même de ton portable, peu importe. Et qui sait ce que cette fenêtre ouvrira ….

Amitiés,

F.Iscia

Maison du Véron, Touraine.


Posted by iscia on mai 14th, 2010 :: Filed under bleu,Iscia
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lettre ouverte à Dien

Cher Dien,

Que te répondre ce soir ? je suis là (encore là, coincée à Paris), je me prépare et essaie de penser à tout (?), je sais que je vais partir, je profite de ces derniers moment, c’est assez fabuleux

Parfois je pense à mes grands-parents qui attendaient la mort avec sagesse. Des images, des souvenirs remontent de je ne sais quelle partie, mémoire du corps … c’est très fort en ce moment…  temps suspendu, impression du départ

Je suis désolée, je ne peux écrire ça, ici et maintenant … peut-être au cours de mon voyage, avec le temps, quand je serais libre, quand je serais prisonnière d’un autre temps et d’autres lieux …

L’intérêt de ce blog ?
Tu as raison, il n’y a rien de très excitant dans ce que j’écris là, et je ne fais pas beaucoup d’effort pour les dernières photos postées,  … Et pourtant, derrière ces petits rien poussent des idées …
J’ai trop d’idées, Dien, si je ne les apprivoise pas, je les perds dans une souffle, ce sont ici quelques pensées fugitives épinglées au vol …

Est-ce un autre brouillon ? un autre laboratoire après Touarance … Oui, et c’est ce que j’espère, si jamais l’entre-croisement de mes pages avec celles de ceux qui voudront bien écrire là  réussit ?  C’est encore une expérience incertaine avec les proches, une idée lointaine à laquelle je tiens … qui n’a jamais vraiment marché … Je commence, peu importe après … cela ne sera jamais rien d’abouti, pourquoi ne pas en faire sa force … C’est comme ce voyage, je l’avais imaginé riche en complicités … dans la réalité, je serais seule dans cette aventure, je veux dire sur ces terres étrangères, j’aurais beau écrire, faire des photos,  capter de la musique, personne ne partagera ce que je vivrai, ne ressentira ce que j’aurais vu, touché, aimé … C’est excitant, cette liberté, c’est aussi frustrant parfois. En Iran, j’ai quelques fois regretté ne pas avoir un compagnon pour lui prendre sa main et lui transmettre la vibration de l’instant …

Par ailleurs, est-ce que je suis prête à vivre tout cela ? j’aurais pu prendre une année pour bien me préparer, pour apprendre la photo, apprendre à écrire (sans faute d’orthographe et avec une syntaxe correcte), j’aurais pu participer à des conférences, rencontrer des gens qui m’auraient parler de … etc.  Les photos que je pourrais faire sur mon chemin ne seront pas dans le livre … Les gens que je croiserais seront des particules de mon rêve … Ce seront certainement des doubles de ceux que je connais ici, des hommes et des femmes de l’ombre … et géniaux …

Je choisis de partir  … Peu m’importe ce que je suis, et ce que je ne suis pas … je suis imparfaite, incertaine et insoumise … je ne suis ni une héroïne ni la princesse au petit pois…

Je sais que mes photos ne seront que les traces, humbles, de mon passage, silencieux … Je ne peux dire aujourd’hui pourquoi ces pays que j’ai choisis de traverser … Tout cela est vague, ouvert – vertigineux . Avec un peu de chance je ramènerais une ou deux photos qui parleront de ma « blessure », de cette douleur d’être née, de ce pincement de coeur qui fait oublier…

Et la musique ? Mais la musique est le bruit intérieur de cet agencement. Elle me fait vibrer.

Je t’en glisse quelques unes, à la place des photos que je n’ai pas faites ce soir, car il pleut et que j’ai le dos cassé (rangements divers et jardinage). Il y a aussi la « page musique » sur la droite du blog avec les dernières que j’ai taggées dans mon delicious.

Tindersticks – Introduction to « The hungry saw »

Michael Jackson – Who Is It ?

Gil Scott-Heron – Me And The Devil

Cher Dien, ce sont ces fragments qui aujourd’hui me font rêver, qui me font marcher, c’est ce qui m’enivre, m’enflamme, ce qui m’encourage à croire – encore !

Salutations,


———

Merci Stéphane pour Who is it ? J’ai senti que cette musique et cette vidéo te touchaient très fort.
Moi aussi, je dois aller chercher loin, cette émotion profonde. Un autre jour …

Dien écrit et fabrique plein de choses aussi …


Posted by iscia on mai 8th, 2010 :: Filed under bruit,humeur,Iscia
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